Le fou de Hind de Bertille Dutheil

le fou de hind

Le fou de Hind de Bertille Dutheil

Editions Belfond

Sortie le 16/08/2018

Note : 3/5


 

Quand Lydia apprend la mort de son père, elle accourt à la maison de retraite où il vit depuis quelques temps. de ce père aimant mais silencieux, il ne reste qu’un corps à veiller et une boîte remplie de souvenirs… Elle découvre des photos et l’existence de Hind, une petite fille que son père semble lui avoir caché. Mais la dernière lettre de Mohsin va semer le doute dans l’esprit de Lydia et elle part à la recherche de son passé, de celui de son père, et du Château…

Elle songeait à tous ces mots morts au fond de lui, tous ces mots rejetés et perdus, et me disait souvent que les mots que Mohsin prononçait n’étaient pas les mots importants.

Dans ce premier roman, Bertille Dutheil nous emmène non pas dans une mais plusieurs histoires de famille. Même si Hind est celle qui les relie toutes, on entend la voix des différents voisins et amis de Mohsin et Hind.

Mais en fait, on ne décide jamais d’en avoir fini avec le passé. C’est le passé qui décide quand on en a fini avec lui.

Avec une écriture travaillée, fluide, Bertille Dutheil tisse la toile d’une histoire familiale mystérieuse et dont les côtés sombres s’épaississent au fil des pages. La vie de nos parents n’est pas toujours aussi lisse qu’on l’imagine, elle ne débute pas avec nous et ils éprouvent parfois le besoin de se justifier, une fois la mort en approche.

En réalité, l’histoire ne meurt jamais ; seuls les protagonistes disparaissent.

Un roman agréable, avec une construction maîtrisée et originale mais dont certains passages m’ont paru un peu trop lents.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond pour leur confiance, ainsi qu’aux 68 pour la découverte…

 

68 premières fois

Juste un peu de temps de Caroline Boudet

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Juste un peu de temps de Caroline Bouvet

Editions Stock

Sortie le 02/05/2018

Note : 4/5


 

Sophie est une « mère parfaite »… En couple depuis 15 ans avec Loïc, ils sont parents de 3 enfants. Sophie travaille, Sophie s’occupe de ses enfants, Sophie tient sa maison, Sophie est à l’ecoute de ses voisins, Sophie laisse du temps à Loïc pour ses loisirs… Mais Sophie s’oublie. Et quand elle prend conscience de ce trop plein, elle n’a d’autre solution que de voler ce temps qui lui manque. Elle part alors seule, sans aucune explication, en coupant son téléphone et direction St Malo… Combien de temps et dans quel but, elle verra…

La solitude. C’est l’absence de moments pour elle, à elle, qui lui manquent le plus de sa vie d’avant. Elle n’aurait pas cru. « Avant », Sophie pensait que le plus difficile dans une vie de parents, c’était la course aux horaires, gérer pour plusieurs personnes, s’inquiéter pour petits et gros bobos. C’est en effet compliqué à supporter, mais rien à côté de l’étouffement que provoque le manque de solitude.

Caroline Boudet nous offre dans ce deuxième roman une bouffée d’oxygène. Malgré le thème universel de l’inégalité homme femme au sein du partage des tâches, elle réussit avec brio un roman à la fois drôle, poignant et sensible.
Chaque femme peut se reconnaître en Sophie, qui cherche à tout contrôler, qui se plaint sans réellement vouloir changer et qui fait don de soi en totalité. Mais en choisissant d’écrire avec plusieurs points de vue, Caroline Boudet ne tombe pas dans les clichés.
Rien n’est parfait, personne ne peut l’être. En avoir conscience est le seul remède à son propre malheur, sa propre déprime et le seul chemin vers la liberté…

Elle a souvent dit oui au-dehors, pendant que la marmite du non bouillonnait dedans.

Un immense merci aux 68 pour la découverte de ce roman, ainsi qu’à NetGalley et aux Éditions Stock pour leur confiance.

68 premières fois

Les enfants de ma mère de Jérôme Chantreau

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Les enfants de ma mère de Jérôme Chantreau

Éditions les Escales

Sortie le 23/08/2018

Note : 2.5/5


 

Françoise est une épouse, une mère et une femme au foyer. Quand, en 1981, elle décide de voter pour François Mitterrand, avec l’angoisse que quelqu’un l’apprenne, un autre changement intervient dans sa vie : son mari la quitte. Désormais maîtresse de sa vie, elle décide alors d’élever ses enfants dans l’appartement du 26 rue de Naples, à Paris, et de faire ce qu’elle veut. D’amants en amants, de projets artistiques en ballade sur la mer, elle est avide de liberté. Mais ce besoin d’espace et de lâcher prise se fait au détriment de sa présence auprès de ses propres enfants, Nathalie et Laurent…

Françoise aurait pu, malgré tout, l’aider encore une fois, tant était puissant en elle le sentiment maternel. Prendre sur soi la douleur des autres. L’encaisser, pour qu’ils restent heureux et légers. Être encore une fois la femme, la mère, inépuisable et inconditionnelle.

Je ne connaissais pas l’écriture de Jérôme Chantreau, dont Les enfants de ma mère est le deuxième roman.
Il dépeint ici la vie d’une famille dans les années Mitterrand, pour qui la liberté n’a pas de prix. Si « changer de vie » est le slogan qui règne sur la France, il devient aussi celui de Françoise, mère de famille et jeune divorcée.
Tout au long des 480 pages, l’auteur dresse le portrait de cette femme pour qui la liberté est synonyme de lâcher prise, de perte de repères aussi et d’oubli de soi. Laissant ses enfants à l’abandon, elle redevient la jeune fille qu’elle n’a pas pu être… Manquant de confiance en elle, Françoise croit être obligée de se cultiver auprès de personnes qui ne la respectent pas, confondant alors amitié et ignorance…

J’ai aimé l’écriture, fluide et enlevée, mais j’ai trouvé que le roman trainait parfois en longueur. Certains souvenirs ou anecdotes ne me semblaient pas à leur place, et je me suis souvent demander le sens que l’auteur a voulu leur donner.

Un grand merci aux 68, une fois encore, pour la découverte d’un roman riche et particulier…

68 premières fois

Deux stations avant Concorde de Peire Aussane

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Deux stations avant Concorde de Peire Aussane

Éditions Michalon

Sortie le 30/08/2018

Note : 3/5


 

Alors qu’elle est seule dans le métro parisien, Eve croise le regard d’un homme qui la désarme. Une rencontre du hasard qui va bouleverser la vie qu’elle mène, entourée de ses 2 enfants et d’Antoine, l’homme de sa vie. Une rencontre qui va soulever les voiles qui assombrissent parfois son quotidien, qui pèsent sur ses épaules depuis si longtemps… trop longtemps…

C’est une fois de plus grâce aux 68 premières fois que je découvre cette jolie plume que possède Peire Aussane. Pour ce premier roman, elle nous entraine dans les pas d’une jeune femme perdue dans une vie sans réelle consistance, comme prisonnière d’un léger brouillard.
Sans être malheureuse, Eve sent un manque, un vide… Elle se sait habitée par le souvenir de sa grand-mère, exilée au Japon bien avant sa mort. Et quand elle décide, sur un coup de tête de partir pour Tokyo, elle ne pense pas trouver ce qu’elle ne croyait pas chercher…

Nous sommes constitués en partie de ce qui s’est joué dans la vie de nos aïeux. C’est une sorte d’héritage involontaire et inconscient. C’est même plus que cela. C’est une part de nous, une infime partie de chacune de nos cellules qui nous constituent et nous font penser, agir ou ressentir. Or, cette part de nous qui nous vient du passé pèse parfois si lourd qu’elle entrave notre existence et rend difficile l’accès à notre nature profonde.

Au delà des réponses, c’est la liberté, la force d’exister et le souffle léger qu’elle emporte avec elle, pour ne plus les laisser s’échapper.

Chaque pas est une victoire, car le miracle est toujours là. Ce miracle d’être présente, de ne pas rêver d’ailleurs et d’autrement, de se suffire, d’être émerveillée.

Une écriture fine, toute en douceur, avec un travail méticuleux sur les personnages, donnent à ce premier roman une teinte de bonheur simple… Un joli moment de lecture !

68 premières fois

La dérobée de Sophie de Baer

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La dérobée de Sophie de Baer

Éditions Anne Carrière

Sortie le 13/04/2018

Note : 5/5


 

Claire a une petite vie… Banale, classique, sans originalité, sans éclat… C’est elle qui le dit, et cela lui convient. Elle est l’épouse de François, employé de banque, et mère de Victor et Solène, pour qui elle donnerait tout mais dont elle n’est pas très proche. Elle travaille dans une épicerie sur une aire d’autoroute et a peu d’amies. Tout aurait pu continuer comme ça, sans vague, si elle ne croisait pas son grand amour, son amour fou, celui de sa jeunesse, Antoine, qui vient d’emménager dans l’appartement au-dessus de chez elle, à Nice. Lui reviennent alors les souvenirs, ceux qui ont fait battre son cœur, ceux qui l’ont vu grandir et ceux qui finalement l’ont éteinte…

On ne peut pas dire que mon existence soit un écrin de béatitudes, mais elle ne m’apparaît pas non plus comme un lourd fardeau. C’est plutôt un bain moussant qui tiédit et qu’on hésite à quitter car on s’y sent trop alangui. Malgré la peau qui se fripe. Malgré la mousse qui s’étiole et nous signifie qu’il faut sortir.

Sophie de Baer signe ici un magnifique premier roman. A la fois tendre et cruel, il met en lumière les premiers amours, les plus innocents, les plus vrais, mais ceux aussi qui peuvent à jamais rendre terne les suivants.

Je n’ai pas pleuré. Cela faisait déjà bien longtemps que mes yeux ressemblaient à deux infinis déserts. J’étais devenue un pantin de sable. Sec. Lourd. Friable.

Claire a aimé, et aime encore passionnément Antoine, dont elle n’a plus de nouvelles depuis plus de vingt ans. Ils se sont rencontrés dans le petit village de Claire, alors qu’Antoine, parisien, y venait chaque été.
Suite à la mort accidentelle de son frère, Claire est une enfant qui s’efface, qui n’existe pas. Auprès d’Antoine, elle respire, elle revit. Mais un drame va bouleverser ses étés heureux et elle perdra alors l’homme de sa vie.
A 40 ans, croyant que sa vie lui suffit, elle va revenir sur sa jeunesse, sur cet homme et son père, sur les drames qu’elle a vécu. Et si son quotidien n’était finalement pas suffisant ?

L’indifférence de mon père puis ma relation chaotique avec Antoine ont, je crois, fixé en moi une sensation d’insuffisance. Je ne suis jamais assez.

Pas assez jolie. Pas assez intelligente. Pas assez efficace. Pas assez drôle. Je suis l’incarnation du manque. Du presque-vide. Et s’il m’arrive quelque chose de bien, ce ne peut être qu’un hasard ou un incident.

Avec beaucoup de justesse, avec des mots choisis et pesés, Sophie de Baer nous touche et nous émeut à travers le regard qu’elle fait glisser sur ses personnages. On tourne les 236 pages de ce roman avec avidité, avec soif de plus, toujours plus… Des chapitres courts, des sentiments volés au temps, des personnages blessés pour qui rien n’est calculé… Et au final, un roman lumineux…

Un immense merci aux 68 premières fois pour cette sublime découverte…

68 premières fois

Le nord du monde de Nathalie Yot

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Le nord du monde de Nathalie Yot

Editions La contre allée

Sortie le 21/08/2018

Note : 2/5


 

La narratrice souffre d’une rupture amoureuse. De cette douleur nait la nécessaire fuite, le besoin de partir loin, très loin. C’est donc vers le mur du fond du Nord du monde qu’elle se dirige. A pieds, en galopant tel un poulain… Avant d’arriver aussi loin, elle fera des rencontres, de celles qui guérissent, qui relèvent et qui apaisent…

Plus je m’éloigne de l’homme chien, plus son existence m’est insupportable. A me piquer partout dans la tête avec les aiguilles du souvenir.

Je ne peux que rendre hommage à toute la poésie contenue dans l’écriture de ce roman atypique. Elle a une petite musicalité si douce, si apaisante. Mais cela ne m’a pas suffit pour m’évader, pour accompagner cette femme blessée sur les chemins du bout du monde…

De l’amour infini caché derrière chaque mot, je n’ai su que faire, que penser…

Isaac voulait d’une vie différente, une vie autrement, un jour je serai. Tout ça me rendait triste parce que je l’accompagnais dans cette idée absurde d’un changement radical, j’y croyais à ce Nord nettoyeur et je contribuais à lui faire croire à l’impossible.

Un premier roman qui ne m’a pas convaincu. Merci aux 68 premières fois cependant pour cette découverte surprenante !!

68 premières fois

Einstein, le sexe et moi d’Olivier Liron

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Einstein, le sexe et moi d’Olivier Liron

Editions Alma

Sortie le 06/09/2018

Note : 4/5


 

Olivier Liron est autiste Asperger. De cette différence, il a choisi de faire une force. Mais le chemin n’a pas été simple et sans accros. Quand, en 2012, il passe à la télévision dans Questions pour un champion, il saisit l’occasion de nous raconter son histoire…

Voilà encore un magnifique roman de cette rentrée littéraire !! Je n’ai pas lu le premier roman d’Olivier Liron, mais si il est dans la veine de celui-ci, je vais très rapidement me le procurer…
L’auteur nous entraine donc sur le plateau télé du célèbre jeu, aux côtés d’un Julien Lepers survolté. Au fil des questions, Olivier Liron se dévoile, avec simplicité et pudeur. Il nous offre quelques uns de ses plus chers souvenirs, qu’ils soient beaux ou beaucoup plus dur. Parce que rien n’est simple quand on est autiste Asperger. Trouver sa place est un combat…

La joie, le vert paradis, la douceur de l’enfance, ça, désolé, on repassera, je n’ai pas connu. Cela restera à jamais pour moi incompréhensible, cette violence. Ça marque au fer rouge. S’il n’y avait que les brimades, les blagues sur Forrest Gump et les insultes. On pourrait essayer d’oublier. Mais la façon dont les autres vous font comprendre votre différence, ça s’inscrit aussi dans le corps. J’ai dans mes tripes la mémoire de la différence qu’on m’a apprise, qu’on a tatoué dans ma chair.

Je me suis rempli la tête d’informations pour peupler ma solitude. Pour oublier l’essentiel, pour dompter l’absence et le chagrin. Comme si apprendre des milliers d’informations sans queue ni tête, peupler la mémoire était un réflexe de survie.

Les 195 pages de ce deuxième roman m’ont paru bien trop courtes. Je serai bien restée avec Olivier, sa botanique et ses balades en forêt, goûter à une madeleine trempée dans du coca !!

Quand on ne peut pas parler, on construit des forteresses. Ma forteresse à moi est faite de solitude et de colère. Ma forteresse à moi est faite de poésie et de silence. Ma forteresse à moi est faite d’un long hurlement. Ma forteresse est imprenable. Et j’en suis le prisonnier.

Merci une fois de plus aux 68 premières fois pour cette douce découverte.

68 premières fois