Le fou de Hind de Bertille Dutheil

le fou de hind

Le fou de Hind de Bertille Dutheil

Editions Belfond

Sortie le 16/08/2018

Note : 3/5


 

Quand Lydia apprend la mort de son père, elle accourt à la maison de retraite où il vit depuis quelques temps. de ce père aimant mais silencieux, il ne reste qu’un corps à veiller et une boîte remplie de souvenirs… Elle découvre des photos et l’existence de Hind, une petite fille que son père semble lui avoir caché. Mais la dernière lettre de Mohsin va semer le doute dans l’esprit de Lydia et elle part à la recherche de son passé, de celui de son père, et du Château…

Elle songeait à tous ces mots morts au fond de lui, tous ces mots rejetés et perdus, et me disait souvent que les mots que Mohsin prononçait n’étaient pas les mots importants.

Dans ce premier roman, Bertille Dutheil nous emmène non pas dans une mais plusieurs histoires de famille. Même si Hind est celle qui les relie toutes, on entend la voix des différents voisins et amis de Mohsin et Hind.

Mais en fait, on ne décide jamais d’en avoir fini avec le passé. C’est le passé qui décide quand on en a fini avec lui.

Avec une écriture travaillée, fluide, Bertille Dutheil tisse la toile d’une histoire familiale mystérieuse et dont les côtés sombres s’épaississent au fil des pages. La vie de nos parents n’est pas toujours aussi lisse qu’on l’imagine, elle ne débute pas avec nous et ils éprouvent parfois le besoin de se justifier, une fois la mort en approche.

En réalité, l’histoire ne meurt jamais ; seuls les protagonistes disparaissent.

Un roman agréable, avec une construction maîtrisée et originale mais dont certains passages m’ont paru un peu trop lents.

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Belfond pour leur confiance, ainsi qu’aux 68 pour la découverte…

 

68 premières fois

Le crocus jaune de Laïla Ibrahim

le crocus jaune

Le crocus jaune de Laïla Ibrahim

Éditions Amazon Crossing

Sortie le 23/10/2018

Note : 4/5


 

Sur la plantation de Fair Oaks, vivent les maîtres Blancs et les esclaves Noirs. Quand Lisbeth naît, c’est la première des enfants du couple. Elle ne sera pas élevée par sa mère, mais par Mattie, une nourrice noire qu’on arrachera aux siens dans le quartier des esclaves pour venir vivre dans la grande maison, auprès de la fillette. Lisbeth et Mattie sont inséparables, et leur couleur de peau est invisible à leurs yeux. Pourtant, dans l’Amérique des années 1850, il existe bel et bien non seulement des inégalités mais surtout des supériorités… Lisbeth et Mattie devront faire avec, grandir et se libérer…

C’est indécent pour une femme de ton rang d’allaiter son bébé. S’il meurt, tu n’en serais que plus dévastée. Je sais d’expérience qu’il vaut mieux ne pas trop aimer ses enfants. trop aimer ses enfants est cause de souffrance.

Laïla Ibrahim signe ici un très beau roman sur l’appartenance, l’attachement et l’innocence. Une petite fille blanche qui aime une nourrice noire comme sa mère, qui ne voit pas les différences et qui souhaiterait que la vie soit aussi simple que ces journées passées ensemble. Un nourrice noire qui se prend d’affection pour cette petite blanche, qu’elle a nourrit, endormi et protégé pendant toutes ces années…
Deux mondes diamétralement opposés, que tout sépare mais que cet amour relie. Deux femmes courageuses et dont l’envie de liberté dépasse l’obéissance aux codes…

Je sais pas grand chose du mariage Lisbeth. Mais je sais qu’un brave homme fait la vie plus belle. Un homme qui t’aime, qui te prend dans ses bras, un homme qui rêve tes rêves, un homme bienveillant, prévenant. Un homme bon, ça rend riche.

Une relation attachante et bouleversante de sincérité, empêchée par des lois et des idéaux archaïques…

Un immense merci à NetGalley et à Amazon Crossing pour leur confiance…

Les enfants de ma mère de Jérôme Chantreau

les enfants de ma mère

Les enfants de ma mère de Jérôme Chantreau

Éditions les Escales

Sortie le 23/08/2018

Note : 2.5/5


 

Françoise est une épouse, une mère et une femme au foyer. Quand, en 1981, elle décide de voter pour François Mitterrand, avec l’angoisse que quelqu’un l’apprenne, un autre changement intervient dans sa vie : son mari la quitte. Désormais maîtresse de sa vie, elle décide alors d’élever ses enfants dans l’appartement du 26 rue de Naples, à Paris, et de faire ce qu’elle veut. D’amants en amants, de projets artistiques en ballade sur la mer, elle est avide de liberté. Mais ce besoin d’espace et de lâcher prise se fait au détriment de sa présence auprès de ses propres enfants, Nathalie et Laurent…

Françoise aurait pu, malgré tout, l’aider encore une fois, tant était puissant en elle le sentiment maternel. Prendre sur soi la douleur des autres. L’encaisser, pour qu’ils restent heureux et légers. Être encore une fois la femme, la mère, inépuisable et inconditionnelle.

Je ne connaissais pas l’écriture de Jérôme Chantreau, dont Les enfants de ma mère est le deuxième roman.
Il dépeint ici la vie d’une famille dans les années Mitterrand, pour qui la liberté n’a pas de prix. Si « changer de vie » est le slogan qui règne sur la France, il devient aussi celui de Françoise, mère de famille et jeune divorcée.
Tout au long des 480 pages, l’auteur dresse le portrait de cette femme pour qui la liberté est synonyme de lâcher prise, de perte de repères aussi et d’oubli de soi. Laissant ses enfants à l’abandon, elle redevient la jeune fille qu’elle n’a pas pu être… Manquant de confiance en elle, Françoise croit être obligée de se cultiver auprès de personnes qui ne la respectent pas, confondant alors amitié et ignorance…

J’ai aimé l’écriture, fluide et enlevée, mais j’ai trouvé que le roman trainait parfois en longueur. Certains souvenirs ou anecdotes ne me semblaient pas à leur place, et je me suis souvent demander le sens que l’auteur a voulu leur donner.

Un grand merci aux 68, une fois encore, pour la découverte d’un roman riche et particulier…

68 premières fois

Pour que ma joie demeure de Marie Pérez

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Pour que ma joie demeure de Marie Pérez

Éditions Kero

Sortie le 12/09/2018

Note : 3/5


 

Marie a 7 ans quand elle apprend, entourée de son frère aîné Mathieu et de sa mère, que son père est atteint d’une maladie dégénérative. Ce dernier était peu à la maison car en perpétuel déplacement pour son travail, mais il était aimant et attentionné. Pendant 8 ans, il va mourir à petit feu, générant chez Marie un sentiment de colère, de haine et de violence à son égard. De père il devenait un enfant, et elle une adulte…

Ni roman, ni véritable autobiographie, ce premier écrit de Marie Pérez est déroutant…
Les mots sont vifs, cinglants et d’une rare violence. Elle a le courage de dire les sentiments qu’elle éprouve envers son père, sa maladie et sa dégénérescence. Mais ils sont durs à lire : haine, colère, humiliation, envie que la vie finisse… Bien sûr, elle l’exprime parfaitement, et on le comprend…

Pendant ta maladie, je te haïssais; après ta mort, je me haïssais de t’avoir si peu aimé. Durant mes 25 années d’existence, 18 ont été consacrées à la détestation et à la destruction. Je n’ai plus la force.

Elle accepte ensuite difficilement d’avoir ressenti tout ça et culpabilise énormément. En tant que professeur de philosophie, elle s’appuie sur les maîtres de la sagesse pour tenter de se relever et de vivre avec les regrets.
La mort de son père est finalement plus douce à appréhender, et elle comprend qu’elle ne doit pas chercher à l’effacer mais bien à poursuivre son chemin avec elle à ses côtés…

Si nous pouvions nous lever un matin comme une feuille blanche, vierge de tout passé, tout recommencer, tout oublier.

Merci à NetGalley et aux Éditions Kero pour leur confiance.

Salina de Laurent Gaudé

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Salina de Laurent Gaudé

Éditions Actes Sud

Sortie le 03/10/2018

Note : 5/5


 

Salina… La femme aux 3 exils. La femme aux 3 fils. Celle qui vient de nulle part, épargnée par les hyènes, recueillie par Mamandala dans un village perdu au milieu du désert et des pierres. Salina qui grandit, tombe amoureuse de Kano, et devient femme. C’est alors qu’on lui vole sa vie, sa liberté, sa joie de vivre. En épousant Sano, le fils du chef de clan des Djimba, elle perd tout… Bannie quelques années plus tard, elle va devenir colère et vengeance…

Elle sait, elle, que la vie se soucie peu de la volonté des hommes, qu’elle décide à leur place, impose, écarte les chemins qu’on aurait voulu explorer et affaiblit ce qu’on croyait éternel.

Le dernier roman de Laurent Gaudé est un bijou à l’état brut, pur et sans défaut. J’en vois déjà sourire, et ce dire qu’une fois encore je ne suis pas objective… Parce que Laurent Gaudé est un auteur dont les mots résonnent, sonnent et envoûtent…

Il est question ici d’une femme, Salina, que les hommes salissent, bannissent et écrasent. Mais c’est une femme au courage et à la force exemplaire. Elle ne courbera pas le dos, ne baissera pas la tête et se relèvera.
Les mots et l’écriture de Laurent Gaudé ne servent qu’à lui rendre hommage et faire entendre sa voix par delà les dunes et le temps.

Elle serre les mâchoires pour que ce qui vient ne l’entame pas.

C’est au fond d’une barque que nous écoutons Malaka, son fils, nous conter son histoire et pleurer sur sa vie de solitude et de souffrance…

Quand il est plongé dans les mots, il n’y a plus de pudeur, plus de politesse ni d’égards. Il doit dire, simplement. Édulcorer serait mentir. Atténuer la violence, ne pas raconter les corps qui saignent, les corps qui sécrètent des flux ennemis, ne pas raconter les muscles qui étouffent l’autre, le contraignent, le tordent pour jouir, serait mentir. Il doit parler, parce que c’est à ces détails là que s’est nourrie pendant des années la colère de Salina.

Laurent Gaudé est bien plus qu’un conteur, bien plus qu’un écrivain… Ses mots sont une caresse sur nos âmes de lecteurs… et je l’en remercie intensément !

Tenir jusqu’à l’aube de Carole Fives

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Tenir jusqu’à l’aube de Carole Fives

Éditions Gallimard

Sortie le 16/08/2018

Note : 4/5


 

Tenir… encore un jour, une nuit, un week end… C’est le quotidien, le leitmotiv de cette mère de famille solo. Parce qu’être seule pour élever son fils n’est pas de tout repos. Elle gère tout, du lever au coucher, sans parler des réveils nocturnes. Alors elle cherche du réconfort sur le net, en essayant de trouver des astuces auprès des autres mamans dans sa situation, mais les jugements se font vite incisifs. Et ce père, avec qui l’avenir semblait radieux, où est-il, que fait-il ? Son amour à elle, même immense, suffira-t-il à faire grandir son jeune garçon ?

Solo, c’est moins sinistre que seule. Solo, ça renouvelle la figure de la mère célibataire, larguée, quittée, abandonnée, ça éloigne le cliché misérable de la fille-mère, de l’adolescente promenant son landau sur un trottoir défoncé du nord de la France.

Le dernier roman de Carole Fives ne passe pas inaperçu sur la toile. Et à la lecture des quelques 200 pages, on comprend pourquoi…
Écrit avec beaucoup de justesse, de pudeur et de poésie, Carole Fives nous offre quelques tranches de vie d’une mère célibataire.

Sans tomber dans le pathos, les larmes et les cris, l’auteur évoque les difficultés auxquelles chaque parent est confronté quand il doit élever son enfant : l’éducation, la garde, le sommeil, la solitude, les décisions, les colères et les chagrins.
Mais cette maman solo est avant tout une mère qui aime son fils, qui malgré la fatigue et la lassitude, cherche à garder la tête haute et hors de l’eau.

Sans misérabilisme, Carole Fives crie le besoin de liberté et de bouffées d’oxygène que demande cette mère, qu’elle s’accorde même, sous nos yeux horrifiés…

Quand elle réalisait qu’elle ne supportait pas cet unique rôle où on la cantonnait désormais, dans un film dont elle avait manqué le début, et qu’elle traversait en figurante. C’était alors que les fugues s’imposaient, comme une respiration, un entêtement.

Un très beau roman, fort et poignant, sur la parentalité d’aujourd’hui…

Isidore et les autres de Camille Bordas

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Isidore et les autres de Camille Bordas

Éditions Inculte

Sortie le 22/08/2018

Note : 3/5


 

Isidore a 11 ans, 2 frères, 3 sœurs, 1 mère présente mais qui se rend invisible de 22h à 6h et 1 père qui pourrait être un espion tant il voyage à l’étranger pour son travail… En plus de ça, les 5 frères et sœurs d’Isidore sont des surdoués, en perpétuel questionnement, penchés sur leurs livres de cours et sans lien solide avec leur environnement. Qui est Isidore au sein de cette famille atypique et burlesque ?

J’aimais ma famille, je crois. Je n’en connaissais pas d’autre, c’est vrai, et du coup, je ne pouvais pas trop comparer, mais il me semblait que c’étaient des gens bien, corrects. Même s’ils étaient souvent perdus dans leurs pensées. Chacun dans sa bulle. Ils ne prêtaient pas vraiment attention aux autres, à personne en dehors de la famille, même à moi, parfois.

Camille Bordas est une auteur que je ne connaissais pas avant d’avoir ouvert son troisième roman.
Dotée d’une belle écriture, cette jeune auteur nous livre ici les réflexions d’un jeune garçon entouré de sa famille tellement intelligente et surdouée qu’il pourrait se croire idiot… Mais Isidore a une force qu’aucun ne possède : il a l’intelligence du cœur, il connait le pouvoir des sentiments et les avantages de s’intéresser aux autres.

Même si le rythme de lecture est plutôt lent, on se plait à grandir aux côtés d’Isidore, de ses questions, de ses doutes et de ses fugues à répétitions. Aimé et choyé, il ne peut qu’apporter une pincée d’humanité à tous ces personnages coupés de la réalité et enfermés dans leur monde…

Un roman plaisant à lire et une auteur à découvrir…