Le crocus jaune de Laïla Ibrahim

le crocus jaune

Le crocus jaune de Laïla Ibrahim

Éditions Amazon Crossing

Sortie le 23/10/2018

Note : 4/5


 

Sur la plantation de Fair Oaks, vivent les maîtres Blancs et les esclaves Noirs. Quand Lisbeth naît, c’est la première des enfants du couple. Elle ne sera pas élevée par sa mère, mais par Mattie, une nourrice noire qu’on arrachera aux siens dans le quartier des esclaves pour venir vivre dans la grande maison, auprès de la fillette. Lisbeth et Mattie sont inséparables, et leur couleur de peau est invisible à leurs yeux. Pourtant, dans l’Amérique des années 1850, il existe bel et bien non seulement des inégalités mais surtout des supériorités… Lisbeth et Mattie devront faire avec, grandir et se libérer…

C’est indécent pour une femme de ton rang d’allaiter son bébé. S’il meurt, tu n’en serais que plus dévastée. Je sais d’expérience qu’il vaut mieux ne pas trop aimer ses enfants. trop aimer ses enfants est cause de souffrance.

Laïla Ibrahim signe ici un très beau roman sur l’appartenance, l’attachement et l’innocence. Une petite fille blanche qui aime une nourrice noire comme sa mère, qui ne voit pas les différences et qui souhaiterait que la vie soit aussi simple que ces journées passées ensemble. Un nourrice noire qui se prend d’affection pour cette petite blanche, qu’elle a nourrit, endormi et protégé pendant toutes ces années…
Deux mondes diamétralement opposés, que tout sépare mais que cet amour relie. Deux femmes courageuses et dont l’envie de liberté dépasse l’obéissance aux codes…

Je sais pas grand chose du mariage Lisbeth. Mais je sais qu’un brave homme fait la vie plus belle. Un homme qui t’aime, qui te prend dans ses bras, un homme qui rêve tes rêves, un homme bienveillant, prévenant. Un homme bon, ça rend riche.

Une relation attachante et bouleversante de sincérité, empêchée par des lois et des idéaux archaïques…

Un immense merci à NetGalley et à Amazon Crossing pour leur confiance…

Lucky Boy de Shanthi Sekaran

Lucky boy

Lucky Boy de Shanthi Sekaran

Editions Milady

Sortie le 12/09/2018

Note : 4/5


 

Solimar est une jeune fille de 18 ans, qui vit dans un petit village pauvre du Mexique. Elle rêve de pouvoir un jour partir en Amérique, rejoindre sa cousine Sylvia en Californie. Ses parents la soutiennent dans ce projet, même s’ils en connaissent les difficultés. Après un parcours tumultueux, d’aventures romantiques en accidents dramatiques, Soli arrivera à Berkeley. Elle trouvera un travail, grandira et découvrira le bonheur d’être mère. Mais la vie d’une immigrée clandestine est pavée de dangers, et la simple volonté de s’insérer ne suffit pas… Sans compter sur cet enfant tombé du ciel, Ignacio, qui sera source de conflits…

Lorsqu’on n’a qu’une richesse, on la chérit comme sa vie. Le « je » autrefois au centre de notre univers n’a plus qu’une seule fonction : gardien de ce trésor.

Voici un roman rempli tout autant d’amour que de violence. L’amour, le plus simple et profond qui existe : celui d’une mère pour son enfant. La violence, pas tant celle des coups, mais celle que peut ressentir une femme, un couple, en désir d’enfants et dans l’impossibilité de concevoir.
Car au-delà de l’histoire de Soli, de son de clandestine, il y a celle de Kavya et Rishi, en mal de progéniture. Ce couple va tenter d’abord naturellement d’avoir un enfant, puis avec l’aide de traitements et enfin en devenant famille d’accueil.

Qu’il est difficile alors pour nous, simple spectateur, de prendre partie pour l’un ou l’autre camp. Bien sûr, une mère biologique a tous les droits de garde sur son enfant, mais ce couple a aussi beaucoup donné à ce petit garçon, oubliant qu’un jour, il pourrait ne plus être à eux.
On sent à travers les mots de Shanthi Sekaran toute la difficulté d’aimer, de pardonner et de laisser s’envoler…

Une bien belle réussite que ce roman… Je remercie NetGalley et les Éditions Milady pour leur confiance.

Empreintes de crabe de Patrice Nganang

empreinte de crabe

Empreintes de crabe de Patrice Nganang

Éditions Lattès

Sortie le 01/09/2018

Note : 2/5


 

Tanou est camerounais. Il vit depuis quelques années aux États Unis, avec sa femme Angela et leur petite fille Marie. A la mort de sa mère, il cherche par tous les moyens à faire venir son père, Sakio Nithap. le Vieux Père résiste mais il rejoindra finalement son fils et découvrira la nouvelle vie qui l’attend… Les changements seront de taille, si l’on compare cette vie à celle du Cameroun, et surtout aux conditions de survie lors de la guerre civile…

Qu’il m’a été difficile de lire et de terminer ce roman !!! L’histoire était pourtant intéressante, les personnages semblaient attachants mais j’ai eu beaucoup de mal avec l’écriture. Beaucoup de protagonistes, avec des multiples noms pour la plupart, une histoire récente et passée qui se chevauchent sans cesse, des phrases où tout s’emmêlent…

Je suis allée au bout, par respect pour l’auteur et surtout pour l’histoire tragique qu’il cherche à nous conter… mais ce fut douloureux !!!

Merci à NetGalley et aux Éditions Lattès pour leur confiance.

Mille petits riens de Jodi Picoult

mille petits riens

Mille petits riens de Jodi Picoult

Editions Actes Sud

Sortie le 07/03/2018

Note : 4/5


 

Ruth Jefferson est infirmière en néonatalogie. C’est une vocation. Elle travaille depuis 20 ans dans le pavillon des naissances de l’hôpital Mercy-West Haven. Elle élève seule son fils de 17 ans, Edison, depuis que son époux est décédé en mission dix ans plus tôt. Jusque là, la vie suit son cours, partagée entre joies, difficultés, fiertés et doutes… Mais un beau matin, alors qu’elle est de service et qu’elle doit prendre en charge une famille née de la veille, elle est confrontée à un problème de taille : sa responsable hiérarchique lui demande de ne plus toucher Davis, le bébé de Brittany et Turk, couple suprémaciste blanc. Son monde bascule…

L’amour ne dépend absolument pas de ce qu’on regarde, mais entièrement de la personne qui regarde.

J’avais ce roman depuis quelques temps dans ma PAL. Je savais que je le lirais et qu’il me plairait. La plume de Jodi Picoult n’est plus à vanter. Elle écrit très bien, elle est centrée sur des personnages étudiés et fins, elle a des histoires qui sonnent juste et des mots toujours choisis.

Tous les bébés naissent beaux, voilà la morale de l’histoire.

C’est ce qu’on projette sur eux qui les rend laids.

Dans Mille petits riens, elle s’attaque au racisme, sujet difficile et dangereux. Mais elle réussit avec brio ! Sans cliché, sans jugement, elle peint un portrait de la société qui n’épargne personne. Ruth, le personnage noir du roman, s’est battue pour faire partie du monde des Blancs et l’injustice qu’elle vit la fauche de plein fouet. Elle se croyait à l’abri… Kennedy, l’avocate blanche, se croit au-dessus de ses questions de racisme et de discrimination, mais elle est forcée de voir que les préjugés et les différences existent et perdurent…

Combien faut-il d’exceptions avant de commander à se rendre compte que les vérités qu’on nous a assénées ne sont peut-être pas si vraies que ça, en réalité ?

C’est un très beau et bon roman non sur l’égalité, mais sur l’équité… A lire, à réfléchir, à partager…

Ce roman fait partie de la sélection du Prix des Chroniqueurs web 2018.

Personne n’est obligé de me croire de Juan Pablo Villalobos

personne

Personne n’est obligé de me croire de Juan Pablo Villalobos

Éditions Buchet Chastel

Sortie le 06/09/2018

Note : 2.5/5


 

Quand Juan Pablo accepte de voir son cousin une dernière fois avant de s’envoler pour Barcelone poursuivre son doctorat en littérature, il ne se doute pas dans quoi il s’engouffre !! Il se retrouve au centre d’un Bizness, à la merci d’un groupe mafieux dont le chef, appelé l’Avocat, va lui imposer une mission cauchemardesque…

Heureusement que ce roman ne fait pas plus de 216 pages !!! Il y a pourtant du bon, comme les passages remplis d’humour, les différents points de vue des protagonistes, les images décalées de Barcelone et de ses habitants… Mais le tout reste trop lourd, trop étouffant et trop lent.

Je ne connaissais pas l’auteur et je ne sais pas si j’y reviendrais. Ce n’est définitivement pas le livre que je garderais de cette rentrée littéraire !!!

Je remercie NetGalley et les Éditions Buchet Chastel pour leur confiance…

La vraie vie d’Adeline Dieudonné

La vraie vie

La vraie vie d’Adeline Dieudonné

Editions L’iconoclaste

Sortie le 29/08/2018

Note : 5/5


 

Nous sommes à Démo, quartier résidentiel où toutes les maisons grises et ternes se ressemblent. Dans la plus grande, vit la narratrice, une petite fille de 10 ans, son petit frère Gilles, 8 ans, et ses parents. A l’image de cette maison, elle a une vie toute lisse en apparence mais une fois la porte fermée, rien n’est aussi simple ! Un père violent, une mère effacée et vide, des soirées rythmées par les colères et le whisky de son père… Le rire de son petit frère est ce qu’il y a de plus important dans la vie de la narratrice, elle veut le protéger à tout prix. Mais quand un accident arrive au vendeur de glaces, leur vie bascule et elle n’a alors qu’un seul objectif : revenir dans le temps et changer cet événement, afin que leur vie soit bien plus que ce qu’elle est désormais…

La vie est une grande soupe dans un mixer au milieu de laquelle il faut essayer de ne pas finir déchiqueté par les lames vous attirent qui vers le fond.

Depuis le temps que je voulais lire ce roman, c’est maintenant chose faite !! J’avais un peu peur d’être déçue car on commence à entendre et lire pas mal d’articles sur cette auteur et son roman qu’on dit fort, brutal et marquant…

Je n’ai qu’une chose à vous dire : ouvrez-le !!! L’écriture est belle, fluide, enlevée, chaque mot est à sa place et chaque phrase a sa propre musique. L’histoire est prenante, rythmée et tranche à vif. Les personnages sont attachants, vrais et décrits avec lucidité. Bref, ce premier roman est une véritable réussite !!!

La violence est omni présente, qu’elle soit physique ou psychologique, mais elle ne sert que l’histoire. Rien n’est de trop, tout sonne juste. Et on lit avec cette peur accrochée au ventre, comme cette petite fille, mais on prend exemple sur sa force pour avancer…

Je commençais à comprendre que la moindre volonté de ma part risquait d’éveiller son animosité. Il attendait de moi que je devienne comme ma mère. Une enveloppe vide, dépourvue de désir. Il ne savait pas qui était sa fille. Mais, à treize ans, je restais à sa merci. Il allait donc falloir le tromper, jusqu’à ce que je sois en âge de vivre loin de lui.

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles de Mick Kitson

manuel de survie

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles de Mick Kitson

Editions Métailié

Sortie le 30/08/2018

Note : 3/5


 

Sal a 13 ans et beaucoup de responsabilités : elle ne peut pas compter sur sa mère, perdue entre alcool, drogues et petits amis violents, et doit s’occuper de sa petite sœur, Peppa, de 10 ans. Mature, sérieuse et intelligente, Sal comprend très vite qu’elles doivent fuir cet environnement nocif. Quand son beau-père, qui abuse d’elle, lui suggère qu’il va bientôt aller visiter la chambre de sa sœur, Sal décide d’agir. Elle va alors entrainer Peppa dans la forêt et mettre à profit tout ce qu’elle a appris sur les manières de survivre en pleine nature…

Survivre se résume en grande partie à prévoir, prendre le temps de réfléchir, prévoir, essayer de voir ce qui peut mal tourner et imaginer ce qui se passera si les choses changent.

Le roman de Mick Tikson est l’histoire touchante d’une jeune fille qui a perdu son innocence, qui n’a pu compter sur la protection de sa mère et qui décide de s’enfuir, de vivre seule en forêt afin de ne plus subir les dangers et les violences de son foyer. Mais ce qui émeut le plus est cet amour inconditionnel qu’elle voue à sa petite sœur, et tout ce qu’elle est prête à faire pour la protéger.

Sal est une jeune fille blessée, meurtrie, mais qui ne s’apitoie jamais sur son sort, qui ne s’avoue même jamais qu’elle se sent bien seule dans ce monde d’adultes irresponsables.

Je ne sanglotais, je ne tremblais pas et je ne faisais pas de bruit. Les larmes se sont simplement mis à couler de mes yeux et j’ai sentais un gros nœud tout dur dans ma poitrine. Ingrid a passé son bras autour de mes épaules et Peppa m’a pris la main. Je crois que c’était de recevoir un cadeau. Je ne me rappelais pas si j’en avais déjà reçu un dans ma vie.

L’histoire de ces deux sœurs est écrite sous le regard de Sal, et les mots sont ceux d’une jeune fille de 13 ans. C’est peut être ce qui m’a un peu dérangé et qui a, pour ma part, ajouté quelques longueurs au récit.

Mais cette lecture fut tout de même plaisante et touchante. J’espère que ces deux enfants trouveront des mains tendues et qu’elles pourront enfin se reposer sur de solides épaules d’adultes…