Mille petits riens de Jodi Picoult

mille petits riens

Mille petits riens de Jodi Picoult

Editions Actes Sud

Sortie le 07/03/2018

Note : 4/5


 

Ruth Jefferson est infirmière en néonatalogie. C’est une vocation. Elle travaille depuis 20 ans dans le pavillon des naissances de l’hôpital Mercy-West Haven. Elle élève seule son fils de 17 ans, Edison, depuis que son époux est décédé en mission dix ans plus tôt. Jusque là, la vie suit son cours, partagée entre joies, difficultés, fiertés et doutes… Mais un beau matin, alors qu’elle est de service et qu’elle doit prendre en charge une famille née de la veille, elle est confrontée à un problème de taille : sa responsable hiérarchique lui demande de ne plus toucher Davis, le bébé de Brittany et Turk, couple suprémaciste blanc. Son monde bascule…

L’amour ne dépend absolument pas de ce qu’on regarde, mais entièrement de la personne qui regarde.

J’avais ce roman depuis quelques temps dans ma PAL. Je savais que je le lirais et qu’il me plairait. La plume de Jodi Picoult n’est plus à vanter. Elle écrit très bien, elle est centrée sur des personnages étudiés et fins, elle a des histoires qui sonnent juste et des mots toujours choisis.

Tous les bébés naissent beaux, voilà la morale de l’histoire.

C’est ce qu’on projette sur eux qui les rend laids.

Dans Mille petits riens, elle s’attaque au racisme, sujet difficile et dangereux. Mais elle réussit avec brio ! Sans cliché, sans jugement, elle peint un portrait de la société qui n’épargne personne. Ruth, le personnage noir du roman, s’est battue pour faire partie du monde des Blancs et l’injustice qu’elle vit la fauche de plein fouet. Elle se croyait à l’abri… Kennedy, l’avocate blanche, se croit au-dessus de ses questions de racisme et de discrimination, mais elle est forcée de voir que les préjugés et les différences existent et perdurent…

Combien faut-il d’exceptions avant de commander à se rendre compte que les vérités qu’on nous a assénées ne sont peut-être pas si vraies que ça, en réalité ?

C’est un très beau et bon roman non sur l’égalité, mais sur l’équité… A lire, à réfléchir, à partager…

Ce roman fait partie de la sélection du Prix des Chroniqueurs web 2018.

Personne n’est obligé de me croire de Juan Pablo Villalobos

personne

Personne n’est obligé de me croire de Juan Pablo Villalobos

Éditions Buchet Chastel

Sortie le 06/09/2018

Note : 2.5/5


 

Quand Juan Pablo accepte de voir son cousin une dernière fois avant de s’envoler pour Barcelone poursuivre son doctorat en littérature, il ne se doute pas dans quoi il s’engouffre !! Il se retrouve au centre d’un Bizness, à la merci d’un groupe mafieux dont le chef, appelé l’Avocat, va lui imposer une mission cauchemardesque…

Heureusement que ce roman ne fait pas plus de 216 pages !!! Il y a pourtant du bon, comme les passages remplis d’humour, les différents points de vue des protagonistes, les images décalées de Barcelone et de ses habitants… Mais le tout reste trop lourd, trop étouffant et trop lent.

Je ne connaissais pas l’auteur et je ne sais pas si j’y reviendrais. Ce n’est définitivement pas le livre que je garderais de cette rentrée littéraire !!!

Je remercie NetGalley et les Éditions Buchet Chastel pour leur confiance…

La vraie vie d’Adeline Dieudonné

La vraie vie

La vraie vie d’Adeline Dieudonné

Editions L’iconoclaste

Sortie le 29/08/2018

Note : 5/5


 

Nous sommes à Démo, quartier résidentiel où toutes les maisons grises et ternes se ressemblent. Dans la plus grande, vit la narratrice, une petite fille de 10 ans, son petit frère Gilles, 8 ans, et ses parents. A l’image de cette maison, elle a une vie toute lisse en apparence mais une fois la porte fermée, rien n’est aussi simple ! Un père violent, une mère effacée et vide, des soirées rythmées par les colères et le whisky de son père… Le rire de son petit frère est ce qu’il y a de plus important dans la vie de la narratrice, elle veut le protéger à tout prix. Mais quand un accident arrive au vendeur de glaces, leur vie bascule et elle n’a alors qu’un seul objectif : revenir dans le temps et changer cet événement, afin que leur vie soit bien plus que ce qu’elle est désormais…

La vie est une grande soupe dans un mixer au milieu de laquelle il faut essayer de ne pas finir déchiqueté par les lames vous attirent qui vers le fond.

Depuis le temps que je voulais lire ce roman, c’est maintenant chose faite !! J’avais un peu peur d’être déçue car on commence à entendre et lire pas mal d’articles sur cette auteur et son roman qu’on dit fort, brutal et marquant…

Je n’ai qu’une chose à vous dire : ouvrez-le !!! L’écriture est belle, fluide, enlevée, chaque mot est à sa place et chaque phrase a sa propre musique. L’histoire est prenante, rythmée et tranche à vif. Les personnages sont attachants, vrais et décrits avec lucidité. Bref, ce premier roman est une véritable réussite !!!

La violence est omni présente, qu’elle soit physique ou psychologique, mais elle ne sert que l’histoire. Rien n’est de trop, tout sonne juste. Et on lit avec cette peur accrochée au ventre, comme cette petite fille, mais on prend exemple sur sa force pour avancer…

Je commençais à comprendre que la moindre volonté de ma part risquait d’éveiller son animosité. Il attendait de moi que je devienne comme ma mère. Une enveloppe vide, dépourvue de désir. Il ne savait pas qui était sa fille. Mais, à treize ans, je restais à sa merci. Il allait donc falloir le tromper, jusqu’à ce que je sois en âge de vivre loin de lui.

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles de Mick Kitson

manuel de survie

Manuel de survie à l’usage des jeunes filles de Mick Kitson

Editions Métailié

Sortie le 30/08/2018

Note : 3/5


 

Sal a 13 ans et beaucoup de responsabilités : elle ne peut pas compter sur sa mère, perdue entre alcool, drogues et petits amis violents, et doit s’occuper de sa petite sœur, Peppa, de 10 ans. Mature, sérieuse et intelligente, Sal comprend très vite qu’elles doivent fuir cet environnement nocif. Quand son beau-père, qui abuse d’elle, lui suggère qu’il va bientôt aller visiter la chambre de sa sœur, Sal décide d’agir. Elle va alors entrainer Peppa dans la forêt et mettre à profit tout ce qu’elle a appris sur les manières de survivre en pleine nature…

Survivre se résume en grande partie à prévoir, prendre le temps de réfléchir, prévoir, essayer de voir ce qui peut mal tourner et imaginer ce qui se passera si les choses changent.

Le roman de Mick Tikson est l’histoire touchante d’une jeune fille qui a perdu son innocence, qui n’a pu compter sur la protection de sa mère et qui décide de s’enfuir, de vivre seule en forêt afin de ne plus subir les dangers et les violences de son foyer. Mais ce qui émeut le plus est cet amour inconditionnel qu’elle voue à sa petite sœur, et tout ce qu’elle est prête à faire pour la protéger.

Sal est une jeune fille blessée, meurtrie, mais qui ne s’apitoie jamais sur son sort, qui ne s’avoue même jamais qu’elle se sent bien seule dans ce monde d’adultes irresponsables.

Je ne sanglotais, je ne tremblais pas et je ne faisais pas de bruit. Les larmes se sont simplement mis à couler de mes yeux et j’ai sentais un gros nœud tout dur dans ma poitrine. Ingrid a passé son bras autour de mes épaules et Peppa m’a pris la main. Je crois que c’était de recevoir un cadeau. Je ne me rappelais pas si j’en avais déjà reçu un dans ma vie.

L’histoire de ces deux sœurs est écrite sous le regard de Sal, et les mots sont ceux d’une jeune fille de 13 ans. C’est peut être ce qui m’a un peu dérangé et qui a, pour ma part, ajouté quelques longueurs au récit.

Mais cette lecture fut tout de même plaisante et touchante. J’espère que ces deux enfants trouveront des mains tendues et qu’elles pourront enfin se reposer sur de solides épaules d’adultes…

Les fureurs invisibles du cœur de John Boyne

les fureurs

Les fureurs invisibles du cœur de John Boyne

Editions JC Lattès

Sortie le 22/08/2018

Note : 5/5


Cyril voit le jour à Dublin en 1945. Sa mère, une jeune fille de 16 ans chassée de Goleen, petit village près de Cork, a été obligée de quitter sa famille pour la honte qu’elle a jeté sur ses parents. Démunie, elle décide très vite d’abandonner ce fils qu’elle ne pourra pas élever. Adopté par les Avery, dont il ne sera toujours que le fils adoptif, Cyril grandit dans une Irlande puritaine et rigide. De son homosexualité, il ne pourra jamais parler et encore moins la vivre au grand jour. C’est en quittant son pays, en voyageant, qu’il pourra doucement se construire. Mais c’est sans compter sur son destin plus que chaotique…

Durant plus de 500 pages, John Boyne nous livre le roman poignant de la vie de son personnage. Si l’homosexualité de Cyril est la toile de fond, on est avant tout plongé dans le quotidien irlandais, hollandais et américain de ces jeunes hommes rejetés de tous, sans avenir et pour qui le droit de vivre était un combat.
Par étape de 7 ans, nous suivons l’évolution de Cyril, sa conquête vers la liberté, son envie de bonheur et les regrets des mensonges qu’il a du multiplier.
C’est avec un magnifique écriture, fluide et limpide, que John Boyne nous enchante… Un roman fort et vrai…

Un grand merci à NetGalley et aux éditions JC Lattès pour leur confiance…

 

Je ne sais même pas pourquoi je suis venue ici, à vrai dire. Je passais devant la chapelle, et l’endroit avait l’air paisible. J’avais besoin de m’assoir quelque part, voilà tout. L’Église ne m’a jamais bien traitée. Pour moi, L’Église catholique était aussi proche de Dieu qu’un poisson d’une bicyclette.

 

Oui avec le temps ça ira, dit-elle prudemment. J’ai perdu des gens dans ma vie. J’ai connu la violence, la bigoterie, la honte et l’amour. J’ai toujours survécu.

Dans la vallée d’Hannah Kent

Dans la vallée d’Hannah Kent

Éditions les Presses de la cité

Sortie le 13/09/2018

Note : 4/5


En 1826, dans une vallée reculée d’Irlande, les croyances et autres superstitions rythment la vie quotidienne. Nora Leahy vient de perdre son mari, foudroyé lors de son travail au champ. Elle se retrouve seule, avec à sa charge le fils de sa fille unique morte depuis peu. Son petit fils, Micheàl, est un enfant « étrange », qui ne parle pas, ne marche pas et hurle à longueur de journée. Cet enfant devient vite la source de superstition et semble être à l’origine de tous les maux de la vallée…

Nous plongeons grâce à ce très beau roman au coeur de l’Irlande du XIXème siècle, dans les petits villages fermés sur eux-mêmes et sans peu d’ouverture sur le monde. Croyances, mauvais sorts et guérisseuses sont les seules explications possibles aux difficultés du quotidien. Hannah Kent possède une très belle écriture, toute en images et en douceur. On sent qu’elle s’est longuement documenté et on est totalement entouré par le monde invisible qu’elle depeint. L’histoire tragique de ce petit garçon est basé sur des faits réels et on frissonne à l’évocation de ce qu’il a pu endurer. Sans prêter aucun jugement, l’auteur écrit sur l’ignorance et les croyances qui poussent parfois à commettre l’irréparable… avec de bonnes intentions !!

Un grand merci à NetGalley et aux éditions Presses de la cité pour leur confiance.

Les heures rouges de Leni Zumas

Les heures rouges de Leni Zumas

Éditions les Presses de la cité

Sortie le 16/08/2018

Note : 4/5


Newville, dans l’Oregon, est une petite ville proche de Salem. Dans un futur proche, quatre femmes sont touchées par la nouvelle loi fédérale, dénommée UPUM, qui proclame que chaque enfant a besoin d’un père et d’une mère. Désormais, l’avortement est un crime et l’adoption par une femme célibataire totalement impossible. C’est ainsi que Roberta la biographe, Suzan l’épouse, Mattie la fille et Gin la guérisseuse vont être impliquées dans la marche d’un peuple vers une catastrophe…

Voici un roman étonnant, puissant et totalement addictif !! Léni Zumas signe ici un roman très prometteur. Avec une écriture rythmée, sans détail inutile, dotée d’une fluidité dévouée à l’histoire, l’auteur nous pousse dans un monde glaçant. Les femmes ne sont plus libres de leur corps, elles subissent la loi rigide d’une maternité imposée.

Avec des regards croisés, les 4 personnages sont meurtries par une vie qu’elles n’ont pas choisies et elles tentent chacune à leur façon de garder la tête haute. Malgré leur lien, elles sont seules face à leur choix et il leur est parfois simplement difficile d’espérer…

Un immense merci à NetGalley et aux éditions Presse de la Cité pour leur confiance.